La médiation numérique : les chiffres interpellent !

Un service public discret… mais essentiel

 

Depuis 2021, la médiation numérique s’est imposée comme un véritable service public de proximité, avec près de 4 000 Conseillers numériques déployés partout en France pour accompagner les 13 millions de personnes en difficulté avec le numérique. Ces professionnels ont permis à des millions de citoyens d’accéder à leurs droits, à la santé, à l’emploi et aux services du quotidien, dans un contexte de dématérialisation accélérée de l’administration.

Aujourd’hui, la fin annoncée des financements nationaux menace directement la pérennité de ces postes, fragilisant les associations, les collectivités et surtout les publics les plus éloignés du numérique. Une pétition nationale demande le maintien de ce service public de la médiation numérique et la reconduction pluriannuelle des financements.

Rappel : qu’est‑ce que la médiation numérique ?

La médiation numérique, ce sont des lieux et des professionnels qui accompagnent les citoyens dans leurs usages quotidiens : créer une adresse mail, sécuriser son smartphone, prendre un rendez-vous médical en ligne, utiliser FranceConnect, accéder à son espace santé, faire une demande de titre ou de prestation sociale. En 2024, 90% des structures interrogées par l’Observatoire de l’inclusion numérique déclarent proposer des accompagnements individuels, et 92% organisent des ateliers collectifs pour couvrir davantage de thématiques.

Le dispositif « Conseiller numérique France Services », lancé en 2021 dans le cadre du plan France Relance, a été pensé comme un pilier de cette politique publique d’inclusion numérique. Porté par des associations, des centres sociaux, des collectivités ou des bibliothèques, il complète l’action des France Services en prenant en charge des usages numériques du quotidien, souvent peu ou mal accompagnés : démarches de santé, démarches bancaires, achats en ligne, réseaux sociaux, protection des données, etc.

Trois ans d’impact : des chiffres qui parlent

L’État a investi environ 300 millions d’euros entre 2021 et 2025 pour déployer ces 4 000 conseillers numériques sur tout le territoire. L’objectif initial était d’accompagner 13 millions de Français en difficulté avec le numérique, en agissant au plus près des besoins locaux.

Quelques chiffres clés issus des bilans nationaux et des travaux d’évaluation :

3 956 conseillers numériques recrutés fin 2022, soit quasiment l’objectif des 4 000 postes.

Plus de 1 127 000 accompagnements réalisés au 1er décembre 2022, moins de deux ans après le démarrage opérationnel du dispositif.

Plus de 1,3 million d’accompagnements enregistrés sur la plateforme nationale « La Coop de la médiation numérique » depuis fin 2024, dont 95% réalisés par des Conseillers numériques.

90 894 bénéficiaires « suivis » sur la plateforme (avec en moyenne 3 accompagnements par personne), auxquels s’ajoutent plus d’un million de bénéficiaires anonymes.

Ces données ne couvrent qu’une partie des actions, mais elles montrent l’ampleur de l’impact : en trois à quatre ans, plusieurs millions d’accompagnements individuels ou collectifs ont été réalisés, permettant à des publics très variés (seniors, demandeurs d’emploi, personnes en situation de handicap, familles, jeunes en insertion…) de gagner en autonomie numérique.

Un rôle stratégique pour l’accès aux droits et la cohésion sociale

Les évaluations nationales rappellent que les Conseillers numériques ne sont pas seulement des « réparateurs de bugs » mais des acteurs de lien social et de réduction des inégalités. Ils facilitent l’accès aux droits en accompagnant les usagers dans leurs démarches CAF, retraite, emploi, santé, titres d’identité, logement, etc., dans un contexte où une grande partie de ces services est devenue exclusivement ou majoritairement en ligne.

Sur le terrain, les structures parlent de « pont » entre les citoyens et le monde numérique : dans certains centres sociaux, le Conseiller numérique est devenu une porte d’entrée pour d’autres actions (alphabétisation, emploi, parentalité, culture). Sans ce soutien, de nombreuses personnes renonceraient à leurs droits ou se tourneraient vers des solutions payantes ou informelles, avec des risques d’arnaques, d’erreurs administratives ou de décrochage social.

 

Une première réponse apportée mi-juillet par l'Assemblée nationale mais dans les fait il n'y aura pas de suite.... :

"Il est urgent de budgéter le recrutement de médiateurs numériques, de pérenniser ces métiers et de les professionnaliser, en établissant une convention collective commune à tous les acteurs de la filière. Les enjeux liés à l'acculturation au numérique ne s'arrêteront pas en 2027.

Réponse publiée le 1er juillet 2025

Le budget réservé à l'action 3 du P343 en faveur de l'inclusion numérique est de 40 M€ pour l'année 2025, permettant ainsi de préserver entre 2 800 et 2 900 postes de conseillers numériques sur l'ensemble du territoire. Cette enveloppe garantit la continuité du dispositif dans un environnement budgétaire contraint, témoignant de la volonté du gouvernement de continuer d'accompagner les Français dans la montée en compétences numériques, notamment face à la dématérialisation des démarches administratives. En 2025, le financement servira également au développement d'outils de suivi et d'animation ainsi qu'à Aidants Connect, permettant ainsi de poursuivre la politique en matière d'inclusion numérique. Il convient de noter que les résultats du dispositif des conseillers numériques, depuis 2021, est positif : 5 millions d'accompagnements ont été réalisés par les conseillers numériques depuis le déploiement du dispositif au printemps 2021 ; 97 % des personnes accompagnées par un conseiller numérique ont le sentiment d'avoir progressé et 60 % estiment être moins stressées à l'idée de manipuler des outils numériques."

La fin des financements : quel risque concret ?

À partir de 2025–2026, l’avenir du dispositif est incertain : les financements nationaux (42 millions d’euros prévus en 2025) ne sont pas garantis dans la durée, et aucune solution claire de pérennisation n’est apportée aux employeurs locaux. Concrètement, cela signifie que des milliers de postes de conseillers numériques pourraient disparaître, faute de financement d’État, malgré les investissements déjà réalisés.

La pétition déposée à l’Assemblée nationale rappelle qu’en ne prolongeant pas ce programme, l’État renoncerait à 300 millions d’euros déjà investis depuis 2021 et affaiblirait une politique publique jugée efficace, humaine et équitable. Pour les territoires, cela se traduirait par la fermeture de permanences, la réduction d’horaires, la perte de repères pour les publics accompagnés, et un report de la charge sur d’autres services déjà saturés (France Services, travailleurs sociaux, secrétariats de mairie, associations généralistes…).

Une pétition circule actuellement : « Pour le maintien d’un service public de la médiation numérique »

Une initiative citoyenne a été déposée sur la plateforme officielle des pétitions de l’Assemblée nationale : « Pour le maintien d’un service public de la médiation numérique ». Elle demande :

  • La reconduction pluriannuelle des financements actuels (42 millions d’euros en 2025).
  • Le maintien des 4 000 postes déployés sur tout le territoire.
  • L’inscription durable de ce service dans les politiques publiques d’inclusion numérique, au même titre que d’autres services publics essentiels.

Pour soutenir cette démarche en signant et en partageant la pétition :

Signer la pétition :
https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-5029

 

En conclusion..

En trois ans, la médiation numérique a prouvé qu’elle n’était pas un « gadget » mais une condition de base pour que la numérisation de la société ne laisse personne au bord du chemin. Mettre fin aux financements aujourd’hui reviendrait à fragiliser les plus vulnérables, à gâcher un investissement public conséquent et à renvoyer collectivités et associations à des bricolages financiers précaires.

Dans une société où l’on ne peut plus « faire sans numérique », la seule réponse responsable consiste à maintenir, professionnaliser et stabiliser ce service public de proximité qu’est la médiation numérique. C’est tout le sens de la pétition portée par les acteurs du terrain, que chacun peut relayer à son échelle.

 

Voici la liste des sources utilisées :

Pétition « Pour le maintien d'un service public de la médiation numérique » (Assemblée nationale)
https://petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-5029

Article « Fèv. 25 | La Fin du dispositif “Conseiller numérique France Services” » – Centre social du Roussillonnais
https://centresocialduroussillonnais.fr/2026/01/28/fev-25-la-fin-du-dispositif-conseiller-numerique-france-services/

Statistiques d’impact de la plateforme (La Coop / ANCT – inclusion numérique)
https://coop-numerique.anct.gouv.fr/statistiques

Observatoire de l’inclusion numérique 2024 – Labo Société numérique / ANCT
https://labo.societenumerique.gouv.fr/fr/articles/observatoire-de-linclusion-num%C3%A9rique-2024-%C3%A9tat-des-lieux-du-secteur-de-la-m%C3%A9diation-num%C3%A9rique

Rapport d’étape du Conseil national de la médiation (bilan Conseillers numériques, 2023–2024) – Ministère de la Justice (PDF)
https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2025-02/rapport_etape_cnm_2023_2024.pdf

Avis n°2022‑08 du 14 décembre 2022 sur le bilan des Conseillers numériques – Conseil national du numérique (PDF)
https://csnp.fr/wp-content/uploads/2022/12/Avis-n%C2%B02022-08-du-14-decembre-2022-sur-le-bilan-des-conseillers-numeriques.pdf

Ressource « Bilan et impact du dispositif Conseiller numérique » – Les Bases / ANCT
https://lesbases.anct.gouv.fr/ressources/bilan-et-impact-du-dispositif-conseiller-numerique

Question écrite n° 6916 : Avenir des conseillers numériques : https://questions.assemblee-nationale.fr/q17/17-6916QE.htm#:~:text=Il%20est%20urgent%20de%20budg%C3%A9ter,s'arr%C3%AAteront%20pas%20en%202027


 

Floryse-De-Lacaze

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